Publicité

Lundi 1 octobre 2007

Olivier Besancenot sort de son rôle traditionnel de Porte-parole de la LCR pour nous proposer, dans un ouvrage écrit en collaboration avec Michaël Löwy, une biographie politique, celle d'un héros de la révolution qui a pris une dimension internationale et est presque devenu à l'occasion un produit marketing comme un autre ("Che Guevara, une braise qui brûle encore", édition Mille et une nuits).

Par delà ce simple fait littéraire, on peut avec lui s'interroger sur les influences, et partant les idées, dont doit se prévaloir la Gauche française ?

Il semble presque naturel que Ernesto Che Guevara occupe une bonne place au sein du panthéon des hommes de Gauche, quel que soit par ailleurs le regard que l'on puisse porter sur les actes de cet homme épris de révolution et résolu à combattre par les armes des régimes pour le moins autoritaires. 
Cependant, le problème avec le Che, c'est justement ce qui fait son attrait ; cette pureté "idéologique" qui le conduisit à s'inscrire dans des processus de révolte plutôt que dans l'action gouvernementale et l'exercice du pouvoir. 
Ainsi donc il ne laisse rien, si ce n'est le modèle d'un homme qui ne se plia jamais. Je veux dire par là qu'il m'apparaît pour le moins hasardeux de définir une ligne politique en s'inspirant de cet unique et écrasant exemple. D'une part parce que les temps ont bien changés depuis l'époque de la révolution cubaine et des guerrillas marxistes. Mais pas seulement. Pas uniquement pour cette raison.

Tout autant en fait par besoin de définition d'une gauche qui sache s'extirper du bourbier marxiste-léniniste. Car la Gauche exista avant Marx et Lénine. Particulièrement en France, pays de la Commune et du Front Populaire. Nous ne manquons donc pas d'exemples et de modèles pour délimiter le champ de conscience de la Gauche hexagonale. Jaurès, Blum, pour ne citer qu'eux, comptent parmi ces figures structurantes qui peuvent nous inspirer et surtout permettre à la Gauche de tourner la page d'un totalitarisme dont le souvenir pèse encore (bien que la tradition de la Gauche européenne soit bien éloignée des conceptions staliniennes de l'exercice du pouvoir). 

Les exemples de Jaurès, l'apôtre du pacifisme, de Blum, l'homme de Gauche qui sut s'inscrire dans un projet politique de gouvernement, me semblent en définitive constituer des biens meilleurs référents, en ce qu'ils portent en eux des valeurs politiquement applicables tout autant que hautement respectables. Trotsky et Che Guevara sont certes des hommes incontournables pour qui tente de synthétiser en un corpus idéologique cohérent des valeurs et des idées dites de Gauche. Cependant, ils ne sont pas les seuls, ni les plus féconds. Loin de là !

Par geopoliticus
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 30 septembre 2007
La birmanie est à la une de nos quotidiens... Ces derniers jours, les manifestations récurrentes de Rangoon éclipsent le Darfour, les conflits moyen-orientaux et même la guerre civile larvée qui mine l'Irak de l'après-Sadam !

Qu'en est-il donc de ce pays que nous connaissons si mal, nous les occidentaux ? Quelles sont les enjeux de ce qui s'y passe ces jours derniers ? 

Avant d'aller plus avant, il peut-être utile de s'interroger sur la réalité politique et économique de cette région du monde dont on n'a pas l'habitude d'entendre parler dans les media européens.
Premier point : la Birmanie est un pays peu industrialisé dont l'économie repose pour l'essentiel sur le gaz, le pétrole et l'opium.
Second point : depuis 1988 le pays est dirigé par une junte militaire qui ne concède aucun droit politique à la population. Elle consacre annuellement la moitié du PNB aux dépenses militaires, ce qui lui permet de tenir les birmans en respect.
Troisième point : une opposition politique à ce régime existe de longue date sous la direction morale de la fille du héros national de l'indépendance, Mme Aung San Suu Kyi. Cependant, en l'absence de tout soutien politique de la part de la communauté internationale, elle n'est jamais parvenu à faire chuter la junte militaire.
Une opposition armée existe aussi, notamment celle des Karens, un peuple montagnard qui n'a jamais accepté la domination du gouvernement central et particulièrement des militaires issus de l'ethnie birmane. Cependant, le régime, par le moyen d'une politique de division entre les factions, est parvenu à presque complètement éradiquer la rébellion.

Enfin, pour être complet, il est à noter que la contestation actuelle trouve sa source dans un rejet massif de la politique économique du pouvoir. En effet, en dépit de son statut de producteur énergétique, le pays est confronté à une situation économique peu reluisante. Constat qui a incité le régime à promulger unilatéralement une augmentation massive des prix du pétrole et du gaz. Augmentation que ne peut supporter une population déjà passablement en difficultés.

Dans ce contexte, quelle pourra être l'évolution de ce pays à très court terme ? Deux schémas directeurs sont ici envisageables, l'un basé sur une hypothèse optimiste, l'autre mettant en évidence des tendances beaucoup moins positives.

Première prospective : le régime cède face à la pression internationale et promet la tenue d'élections législatives libres permettant la désignation d'un nouveau premier ministre chargé de promulger une nouvelle constitution. Scénari envisageable mais peu probable tant qu'une pression internationale conséquente n'est pas de mise (au minimum une condamnation du régime par la Chine et l'Inde, suivi en cela par une intense pression européenne et américaine, voir russe...).

Seconde prospective : le régime ne cède pas et réprime même la contestation en profitant de l'expérience acquise depuis 1988 de manière à ce que la répression demeure discrète mais néanmoins efficace (coupure du robinet internet, répression "molle" des manifestations, arrestations nocturnes massives, infiltration des mouvements de révolte spontanés, mise au secret des têtes de l'opposition démocratique...). 
Par ailleurs, il peut se prévaloir d'un soutien tacite de la Chine, acteur majeur dans la région, ce qui devrait assurer à la junte qu'un retrait éventuel des multinationales occidentales ne lui soit pas nuisible (Total par exemple pourrait être remplacé par un consortium chinois).

Personnellement, je mise plutôt sur la deuxième hypothèse, sachant que les Etats-Unis, embourbés qu'ils sont en Irak, en Afghanistan et enfin sur le dossier iranien, ne se trouvent pas en position d'imposer leur solution à la Chine notamment.
De plus, dans un contexte général de renchérissement des matières premières, et singulièrement des produits énergétiques, il pourrait apparaître hasardeux à des élites conservatrices américaines à bout de souffle et à d'autres (Total ne semble pas enchanté par exemple des récentes déclarations du Président de la République française) de provoquer, par une politique agressive, une déstabilisation supplémentaire du marché...

La démocratie en Birmanie, ce n'est donc pas pour demain, quelle que soit par ailleurs la volonté des élites intellectuelles et médiatiques occidentales de soutenir les légitimes revendications du peuple birman.
Dommage quand on sait que la démocratie est attendue par les birmans de toutes ethnies depuis plus de vingt ans maintenant...


Par geopoliticus
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus