Dimanche 30 septembre 2007
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La birmanie est à la une de nos quotidiens... Ces derniers jours, les manifestations récurrentes de
Rangoon éclipsent le Darfour, les conflits moyen-orientaux et même la guerre civile larvée qui mine l'Irak de l'après-Sadam !
Qu'en est-il donc de ce pays que nous connaissons si mal, nous les occidentaux ? Quelles sont les enjeux de ce qui s'y passe ces jours derniers ?
Avant d'aller plus avant, il peut-être utile de s'interroger sur la réalité politique et économique de cette région du monde dont on n'a pas l'habitude d'entendre parler dans les media
européens.
Premier point : la Birmanie est un pays peu industrialisé dont l'économie repose pour l'essentiel sur le gaz, le pétrole et l'opium.
Second point : depuis 1988 le pays est dirigé par une junte militaire qui ne concède aucun droit politique à la population. Elle consacre annuellement la moitié du PNB aux dépenses
militaires, ce qui lui permet de tenir les birmans en respect.
Troisième point : une opposition politique à ce régime existe de longue date sous la direction morale de la fille du héros national de l'indépendance, Mme Aung San Suu Kyi. Cependant, en
l'absence de tout soutien politique de la part de la communauté internationale, elle n'est jamais parvenu à faire chuter la junte militaire.
Une opposition armée existe aussi, notamment celle des Karens, un peuple montagnard qui n'a jamais accepté la domination du gouvernement central et particulièrement des militaires issus de l'ethnie
birmane. Cependant, le régime, par le moyen d'une politique de division entre les factions, est parvenu à presque complètement éradiquer la rébellion.
Enfin, pour être complet, il est à noter que la contestation actuelle trouve sa source dans un rejet massif de la politique économique du pouvoir. En effet, en dépit de son statut de
producteur énergétique, le pays est confronté à une situation économique peu reluisante. Constat qui a incité le régime à promulger unilatéralement une augmentation massive des prix du pétrole et
du gaz. Augmentation que ne peut supporter une population déjà passablement en difficultés.
Dans ce contexte, quelle pourra être l'évolution de ce pays à très court terme ? Deux schémas directeurs sont ici envisageables, l'un basé sur une hypothèse optimiste, l'autre mettant en évidence
des tendances beaucoup moins positives.
Première prospective : le régime cède face à la pression internationale et promet la tenue d'élections législatives libres permettant la désignation d'un nouveau premier ministre chargé de
promulger une nouvelle constitution. Scénari envisageable mais peu probable tant qu'une pression internationale conséquente n'est pas de mise (au minimum une condamnation du régime par la Chine et
l'Inde, suivi en cela par une intense pression européenne et américaine, voir russe...).
Seconde prospective : le régime ne cède pas et réprime même la contestation en profitant de l'expérience acquise depuis 1988 de manière à ce que la répression demeure discrète mais néanmoins
efficace (coupure du robinet internet, répression "molle" des manifestations, arrestations nocturnes massives, infiltration des mouvements de révolte spontanés, mise au secret des têtes de
l'opposition démocratique...).
Par ailleurs, il peut se prévaloir d'un soutien tacite de la Chine, acteur majeur dans la région, ce qui devrait assurer à la junte qu'un retrait éventuel des multinationales occidentales ne
lui soit pas nuisible (Total par exemple pourrait être remplacé par un consortium chinois).
Personnellement, je mise plutôt sur la deuxième hypothèse, sachant que les Etats-Unis, embourbés qu'ils sont en Irak, en Afghanistan et enfin sur le dossier iranien, ne se trouvent pas en position
d'imposer leur solution à la Chine notamment.
De plus, dans un contexte général de renchérissement des matières premières, et singulièrement des produits énergétiques, il pourrait apparaître hasardeux à des élites conservatrices
américaines à bout de souffle et à d'autres (Total ne semble pas enchanté par exemple des récentes déclarations du Président de la République française) de provoquer, par une politique agressive,
une déstabilisation supplémentaire du marché...
La démocratie en Birmanie, ce n'est donc pas pour demain, quelle que soit par ailleurs la volonté des élites intellectuelles et médiatiques occidentales de soutenir les légitimes revendications du
peuple birman.
Dommage quand on sait que la démocratie est attendue par les birmans de toutes ethnies depuis plus de vingt ans maintenant...
Par geopoliticus
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